Permettez à un « vieux grognard de la garde » de la FNAIM – que j’ai servie de manière totalement désintéressée de 1982 à 2013 – de partager un constat : à 80 ans, la représentativité d’une organisation ne se décrète plus, elle se mérite chaque jour. Parler d’immobilier aujourd’hui sans avoir un syndicat professionnel fort serait une faute intellectuelle.
Assumer une prise de parole courageuse
Pour retrouver la confiance des professionnels, il ne suffit pas de communiquer davantage ; il faut transformer la gouvernance et les services offerts.
Je propose plusieurs pistes opérationnelles pour faire d’un syndicat un outil réellement attractif et utile pour ses adhérents.
En se saisissant des enjeux sociopolitiques, le syndicat doit initier des réformes adaptées aux réalités du marché immobilier, notamment sur des questions de fiscalité, de réglementation urbaine, ou de droit immobilier.
Le combat doit se porter contre les atteintes au principe de la propriété privée, encadrement des loyers, interdiction de louer les logements F et G, permis de louer.
Il est nécessaire de transmettre une visibilité collective des professionnels immobiliers dans le débat public lorsque les choix législatifs menacent l’activité, mener des études d’impact, émettre des propositions alternatives.
Il faut faire front avec les autres syndicats de la branche immobilière pour défendre les intérêts des professionnels de l’ensemble du secteur immobilier face à ce qui est une menace pour leur activité, l’emploi et le logement des français.
Redonner du pouvoir aux territoires et les mobiliser.
Les décisions doivent se nourrir des réalités locales : mobilisation des commissions métiers, création de comités territoriaux, échange d’idées, communication avec les adhérents de base, mise en place de projets pilotes, suivi de ces projets et mise en place au niveau national. Créer des groupes de discussion pour impliquer activement les adhérents dans la prise de décision et le développement de nouvelles initiatives.
Communiquer sur les actions entreprises.
La rénovation de la politique syndicale doit se concentrer sur la proactivité face aux défis contemporains. Cela implique une meilleure communication avec les chambres locales et les adhérents afin de recueillir leurs avis et besoins, ajuster les stratégies en conséquence. Instaurer des enquêtes régulières pour évaluer la satisfaction des adhérents et identifier les axes d’amélioration.
La FNAIM doit mener des campagnes de sensibilisation pour informer ses adhérents et le grand public des conséquences néfastes des législations contraignantes et consuméristes. Cela inclue des réunions, des communiqués de presse et la mobilisation de tous les professionnels auprès de leurs clients pour peser sur l’opinion publique et les décideurs.
Transparence financière et gouvernance ouverte.
Pour un meilleure transparence financière et une gouvernance ouverte, il y a nécessité d’une publication régulière et compréhensible des comptes, d’un suivi budgétaire, du renforcement du contrôle de gestion, de procédures de nomination claires, de mandats limités et d’une rotation des responsabilités pour restaurer la confiance.
Une offre de services modernisée.
L’offre de service doit être augmentée et modernisée avec le développement de plateformes interactives permettant aux membres de se connecter, partager des bonnes pratiques, et accéder à des ressources en temps réel. Il faut étudier la solution de créer une application dédiée pour une assistance sur le terrain et un accès rapide aux outils nécessaires. Il faut conforter la plateforme numérique centralisée (outils de gestion, ressources juridiques, modèles contractuels actualisés), avec une assistance juridique interactive. Il faut accompagner la digitalisation des agences et et promouvoir des dispositifs d’appui à la trésorerie pour les structures fragiles.
Formation continue et parcours de carrière.
L’offre de formation doit être renouvelée et moderne, avec un plan national de formation certifiante, une offre pour de nouvelles certification pour les commerciaux, gestionnaires, comptables, techniciens, et la promotion d’un label FNAIM qualitatif.
Éthique et déontologie vivantes.
Il faut restaurer la fierté d’être « FNAIM » mettre en avant une image de marque de qualité reconnue et un avantage concurrentiel réel pour chaque agence. Cela passe par le renforcement des sanctions de mauvaises pratiques. Il faut renforcer le comité d’éthique au niveau national, avec des représentants indépendants, mettre en place des procédures transparentes de traitement des manquements et une communication pédagogique sur les bonnes pratiques. Il faut promouvoir un code déontologique actualisé, des sanctions proportionnées et transparentes. L’autorité morale se reconstruit par des actes visibles et équitables.
Attirer les nouvelles générations
Il faut créer un club des jeunes entrepreneurs, impliquer les anciens avec des programmes de mentorat, instaurer des tarifs dégressifs.
Se rouvrir à l’international.
Le marché immobilier est global, il faut créer des passerelles avec les organisations professionnelles mondiales, ouvrir des débouchés pour les adhérents français, benchmarker les bonnes pratiques des organisations étrangères, influer la politique immobilière de la Commission Européenne.
Les 80 ans d’une institution sont une opportunité : au‑delà de la commémoration, il s’agit d’une refondation courageuse qui doit replacer les adhérents au cœur de la décision. Si la FNAIM (ou tout autre syndicat) veut rester le porte‑voix de la profession, elle doit faire la preuve qu’elle sait écouter, évoluer et agir. La représentativité, n’est que la traduction d’une autorité morale et pratique reconquise jour après jour.
La FNAIM joue un rôle indispensable en tant que syndicat de patrons immobiliers en France. Pour continuer à servir efficacement ses membres et à relever les défis du marché actuel, il est essentiel qu’elle évolue vers une politique syndicale plus dynamique et plus alignée sur les attentes des professionnels immobiliers, assurant ainsi leur succès à long terme.
Jean-Louis Labau
Institut Janus