Institut Janus

L'expérience du passé, la vision du futur

Un objectif chiffré : 2 millions de logements d’ici 2030

Le Premier ministre a raison de viser 400 000 logements par an. C’est le rythme des besoins nouveaux. Mais il oublie que nous avons un retard cumulé de 800.000 à 1.000.000 de logements, chiffré par le CNH. Chaque année sans rattrapage, c’est un échec supplémentaire pour les jeunes générations. C’est une fracture sociale qui s’élargit et qui aura un impact pour l’avenir de notre pays.

Mais cet engagement ne doit pas être une posture. Il doit devenir une feuille de route opérationnelle. Or, aujourd’hui, nos dispositifs ne sont pas alignés avec cet objectif. Et c’est un problème majeur. L’incohérence qui tue l’objectif.

Des dispositifs qui s’arrêtent trop tôt : un vrai risque pour 2030

Le PTZ, notre outil d’accès à la propriété pour les classes moyennes, court jusqu’au 31 décembre 2027. Le Denormandie et Loc’Avantage, dispositifs essentiels à la revitalisation de nos centres‑villes, s’éteignent la même année.

Il est à rappeler que le premier ministre s’est lui‑même positionné pour l’accession à la propriété. Il faudra donc muscler les dispositifs existants (PTZ et pourquoi pas enfin le prêt subventionné !?)

Quant au nouveau dispositif dit Jeanbrun, il verra les premiers résultats au mieux en 2027. Et l’objectif des 2 millions de logements court jusqu’en 2030. Il s’agit d’une course contre la montre mais sommes‑nous prêts pour courir ?

Voici le problème : nous avons un objectif sur 4 ans, mais des dispositifs qui s’arrêtent à mi‑parcours. C’est comme si on lançait un marathon et qu’on retirait les ravitaillements au 21e kilomètre.

Les investisseurs ne sont pas dupes. Dès 2026, sans visibilité sur la suite, ils se détourneront de ces dispositifs, en particulier l’ancien qui met plus de temps à aboutir… L’objectif des 2 millions deviendra une illusion si une politique du logement ne naît pas rapidement pour l’accompagner.

Le neuf et l’ancien : contraintes et attractivité insuffisantes

Que dire à ce jour sur le Jeanbrun ? Sur le parc ancien, il aura un impact marginal. Les conditions techniques imposées (30 % de travaux, et atteinte d’une classification A ou B) restent trop contraignantes.

Sur le neuf, le Jeanbrun nous contraint vers des solutions intermédiaires sans véritable attractivité. Ce dispositif est loin des préconisations faites par de nombreux rapports, Daubresse‑Cosson, CNH, UNPI, notaires… mais il est surtout bien en dessous des mesures votées par l’Assemblée nationale. De plus nous ne sortons pas l’immobilier de l’IFI, malgré les amendements de Jean Paul Mattei votés à l’Assemblée nationale.

2026, une année décisive entre taux et élections municipales

Cette année 2026 sera déterminante. La remontée des taux complique déjà le financement. Les élections municipales de mars redéfiniront les politiques locales d’urbanisme. L’heure n’est plus à l’attentisme.

Alors 2026 doit être l’année de vérité. Le gouvernement a annoncé une évaluation du dispositif dès l’automne 2026. C’est la fenêtre. C’est notre chance. Nous avons quelques mois pour obtenir du Premier ministre ce qui manque : l’alignement des dispositifs sur l’objectif des 2 millions jusqu’en 2030 et un dispositif Jeanbrun qui permettra de construire 40 000 à 50 000 logements pour des locations à l’année.

Exigences pour réussir : aligner les dispositifs et accélérer la production

Dans l’attente d’un véritable statut et d’une politique pérenne sur le logement qui a peu de chance d’aboutir avant l’élection présidentielle de 2027, soyons des acteurs pour que l’engagement du Premier ministre soit une opportunité historique. Mais il sera vain sans dispositifs alignés.

2026 est l’année où la filière doit se structurer, proposer et imposer ses solutions. Le rebond est possible. Ne laissons pas l’improvisation budgétaire tuer une ambition politique. Agissons.

Lionel Causse
Institut Janus