Dans le cadre de son partenariat national exclusif avec le FASTT (Fonds d’Action Sociale du Travail Temporaire) sur la partie logement vers le parc privé et social, ainsi que des actions menées avec AUDIENS pour les publics de la culture, de l’information et des médias, le Cabinet LEFEUVRE accompagne chaque année plusieurs dizaines de milliers de personnes dans leur recherche de logement sur l’ensemble du territoire.
L’identification des salariés intérimaires dans le parcours du numéro unique
À ce jour, les salariés intérimaires ne sont pas identifiés comme une catégorie distincte dans le parcours du numéro unique de demande de logement social.
Dans les faits, ces publics sont généralement assimilés aux salariés en CDD, alors même que le fonctionnement du travail temporaire répond à des réalités professionnelles, économiques et contractuelles spécifiques (+ 700 000 ETP en 2025).
Cette absence de distinction soulève plusieurs enjeux :
• une difficulté à disposer d’une donnée fiable concernant les besoins réels des salariés intérimaires ;
• une lecture incomplète des parcours résidentiels de ces publics ;
• une capacité limitée à mesurer précisément les tensions rencontrées localement entre emploi et logement ;
• et une difficulté à construire des réponses pleinement adaptées à ces situations professionnelles particulières.
Pourtant, les salariés intérimaires représentent aujourd’hui une part importante de l’activité économique nationale, notamment dans des secteurs fortement mobilisés tels que le bâtiment, la logistique, l’industrie, la santé, les transports ou encore l’agroalimentaire.
L’objectif ne serait pas de créer un traitement différencié, mais de permettre une meilleure lecture statistique et opérationnelle de ces parcours afin d’adapter plus finement les politiques d’accompagnement et d’accès au logement.
Les problématiques liées aux logements exploités via des baux commerciaux LMNP et à l’absence d’éligibilité de VISALE
Nous constatons également une difficulté croissante concernant certains logements exploités dans le cadre de montages intégrant des baux commerciaux LMNP (avec ou sans régime para-hôtelier), notamment via des mécanismes de sous-location ou d’exploitation para-résidentielle.
Dans ces situations, des publics pourtant éligibles à VISALE ne peuvent pas bénéficier du dispositif, non pas en raison de leur profil ou de leur solvabilité, mais en raison de la nature juridique du montage locatif qui n’autorise pas la sous-location même « professionnelle ».
Cette situation limite concrètement l’accès à certains logements pour des publics ayant pourtant une réelle capacité à les occuper et à les financer.
Nous observons notamment que certains intermittents du spectacle, journalistes ou travailleurs aux rythmes d’activité variables peuvent être particulièrement intéressés par ce type de logements, souvent mieux adaptés à leurs contraintes professionnelles et à leur mobilité.
Or, dans de nombreux cas, VISALE constitue aujourd’hui l’une des seules garanties réellement accessibles pour ces profils.
L’impossibilité d’utiliser VISALE dans certains montages intégrant des baux commerciaux avec dispositifs de sous-location réduit donc fortement les possibilités d’accès au logement pour des publics pourtant éligibles au dispositif sur le fond.
Une réflexion pourrait ainsi être engagée sur les conditions dans lesquelles certains de ces montages pourraient, sous réserve d’encadrement et de sécurisation, devenir compatibles avec les garanties existantes.
Les publics de la culture, de l’information et des médias : des parcours encore insuffisamment compris
Dans le cadre des actions menées avec AUDIENS, nous accompagnons également des publics issus des secteurs de la culture, de l’information et des médias :
• intermittents du spectacle ;
• journalistes ;
• pigistes ;
• techniciens ;
• salariés permanents du secteur culturel.
Là encore, nous constatons une méconnaissance importante de ces statuts professionnels dans les parcours d’accès au logement.
Ces publics disposent pourtant souvent d’une activité professionnelle réelle, de revenus, de mécanismes de protection spécifiques et d’une forte contribution à la vie économique, culturelle et sociale du pays.
Malgré cela, leurs dossiers restent parfois difficilement lisibles pour certains bailleurs ou dispositifs assurantiels, principalement en raison d’une méconnaissance de leurs modes d’activité ou de revenus.
Ces difficultés peuvent être vécues comme particulièrement injustes par des professionnels qui participent pourtant pleinement au dynamisme économique et culturel national.
Au-delà du seul sujet du logement, cette situation interroge plus largement notre capacité collective à mieux reconnaître des formes d’emploi devenues aujourd’hui structurelles dans notre économie.
Conclusion
Les sujets évoqués dans cette note dépassent largement la seule question du logement.
Ils touchent directement à l’accès à l’emploi, à la mobilité professionnelle, à l’attractivité des territoires et au maintien de secteurs économiques essentiels au fonctionnement du pays.
Les publics que nous accompagnons quotidiennement — salariés intérimaires, intermittents du spectacle, professionnels de la culture, de l’information et des médias — occupent des fonctions indispensables dans de nombreux secteurs clés de notre économie.
Sans eux, une partie importante de l’activité économique nationale ne pourrait tout simplement pas fonctionner dans les mêmes conditions.
Notre expérience terrain, menée aux côtés du FASTT et d’AUDIENS, nous montre chaque jour qu’un accompagnement adapté de ces publics permet non seulement de sécuriser des parcours résidentiels, mais également de soutenir l’emploi, la continuité d’activité des entreprises et la dynamique économique des territoires.
Faciliter l’accès au logement de ces profils ne constitue donc pas uniquement un enjeu social. Il s’agit également d’un enjeu économique, territorial et stratégique pour notre pays.
L’objectif de cette note est ainsi d’ouvrir une réflexion constructive sur l’amélioration de la lecture de certains parcours professionnels, l’adaptation de certains dispositifs et la reconnaissance de réalités d’emploi devenues aujourd’hui essentielles au bon fonctionnement de notre économie.
Karl Rio
Institut Janus