Institut Janus

L'expérience du passé, la vision du futur

Crise du logement et syndicats immobiliers

L’UNIS (Union des syndicats de l’immobilier), l’UNPI (Union nationale des propriétaires immobiliers) et le SNPI (Syndicat national des professionnels immobiliers) ont tenu le 1er juillet 2025 une conférence de presse sur le dispositif d’encadrement des loyers, alors que l’expérimentation arrive à son terme. Absente de marque : la FNAIM (Fédération Nationale de l’Immobilier). C’est un fait suffisamment révélateur qui illustre la désunion qui gangrène la profession.

Cette désunion syndicale serait finalement acceptable si elle découlait d’une approche fondamentalement différente des enjeux en discussion. Mais ce n’est pas le cas et globalement les syndicats partagent les constats et les solutions à apporter.

Cette désunion serait aussi acceptable si elle n’avait pas de conséquence sur la crédibilité des organisations syndicales face aux pouvoirs publics. Après tout seul le résultat compte, et si la désunion n’est pas un obstacle pour porter efficacement des revendications globalement communes des syndicats et obtenir qu’elles soient retenues par la puissance publique alors peu importe ces querelles de clochers ou d’égo.

Mais ce n’est absolument pas le cas. Non seulement cette division nuit à l’efficacité des revendications mais elle illustre aussi plus globalement l’impérieuse nécessité de repenser la stratégie d’action syndicale.

La division des syndicats immobiliers : un frein à la défense de la profession

Dans un contexte où la profession immobilière fait face à une crise majeure depuis trois ans, la division persistante entre ses syndicats apparaît comme un véritable handicap. Alors que les pouvoirs publics restent sourds aux demandes du secteur, les organisations professionnelles peinent à s’unir pour porter une voix forte et audible. Cette fragmentation, loin d’être anodine, affaiblit considérablement la capacité de la profession à défendre ses intérêts et à obtenir des avancées concrètes. C’est d’autant plus navrant que la quasi-totalité des mesures portées par la profession ont pour objectif de permettre à nos concitoyens de mieux se loger. Autrement dit, les combats syndicaux ne servent pas uniquement des intérêts corporatistes : ils visent, en réalité, à lutter contre la crise grave du logement que traverse notre pays.

Des revendications ignorées et une stratégie à revoir

Il est regrettable de constater que les syndicats professionnels de l’immobilier sont peu écoutés par les pouvoirs publics. Alors que le moment paraît opportun de durcir le ton à la faveur d’un constat devenu ultra-majoritaire du désastre de la gestion des finances publiques de l’état, les syndicats professionnels poursuivent leur stratégie de dialogue feutré, souvent perçue comme déférente, voire obséquieuse. La flagornerie des commentaires des responsables syndicaux accompagnant systématiquement les nominations des innombrables ministres du logement successifs interrogent. Quels autres syndicats flattent autant les ministres à leur nomination ?

Cette stratégie, qui consiste à quémander poliment des ajustements, n’a jamais rien apporté de concret, et des revendications essentielles, comme l’indexation des honoraires réglementés de location ou d’états datés, qui ne devraient pourtant souffrir d’aucune contestation quant à sa mise en œuvre, restent lettre morte depuis plus de dix ans.

La question se pose : pourquoi continuer à adopter une posture de soumission ? Cette politesse servile, cette prudence hypocrite, n’a, jusqu’ici, produit aucun effet tangible. Les derniers et trop rares ajustements envisagés par l’État, tels que le projet d’amortissement fiscal pour les bailleurs ou la révision du coefficient électrique du DPE, ne sont pas le fruit d’un lobbying syndical efficace. En réalité, ces mesures émergent sous la pression de l’opinion publique qui voit bien les conséquences catastrophiques des réglementations entravant l’acte de louer et ne supporte plus qu’elles entravent à ce point la possibilité de bien se loger

Cette attitude pose une question fondamentale : les syndicats sont-ils encore au service des professionnels et de l’intérêt général immobilier ou ne sont-ils devenus que des relais du pouvoir, de simples faire-valoir ? Ce doute qui plane mine la confiance des professionnels et freine toute dynamique de renouvellement.

Un désintérêt croissant des adhérents

À cette division institutionnelle s’ajoute un désintérêt constant des adhérents pour la vie syndicale. Beaucoup de professionnels, lassés par l’inefficacité des actions menées et le manque de résultats concrets, se détournent peu à peu de leur syndicat. Les assemblées générales se tiennent souvent devant des salles clairsemées, les initiatives collectives peinent à mobiliser, et la communication interne suscite peu d’enthousiasme. Ce désengagement fragilise encore davantage la capacité des organisations à se faire entendre : sans l’implication active de leurs membres, les syndicats perdent en légitimité et en force de proposition. Le cercle vicieux est alors enclenché : moins d’engagement entraîne moins d’efficacité, ce qui accentue encore la démobilisation.

Redonner du sens à l’action syndicale : mobiliser les professionnels

Face à ces constats, il devient impératif de repenser le rôle et le fonctionnement des syndicats immobiliers. Une stratégie syndicale forte doit s’appuyer sur l’union des différentes organisations autour d’objectifs communs, dépasser les querelles de chapelles et instaurer un dialogue transparent avec les adhérents.

Il s’agit aussi de redonner du sens à l’engagement syndical, en impliquant davantage les membres dans la définition des priorités et des actions à mener. Cela passe par une communication renouvelée, des campagnes de sensibilisation auprès du grand public, et une capacité à porter des propositions audacieuses, en phase avec les réalités du terrain. Seule une telle dynamique permettra aux syndicats de retrouver leur légitimité, de peser dans le débat public et d’obtenir enfin des avancées concrètes pour toute la profession.

Repenser la stratégie syndicale : embarquer l’opinion publique dans les combats syndicaux.

Enfin et surtout, il devient urgent de changer de stratégie. Les combats de la profession immobilière ne seront gagnés qu’avec le soutien de l’opinion publique. C’est elle qu’il faut convaincre, c’est avec elle qu’il faut construire des alliances. Les syndicats doivent sortir de leur confort institutionnel, et porter un discours clair, fort et mobilisateur auprès des citoyens.

Ainsi il convient de lancer de grandes campagnes citoyennes. Elles seront beaucoup plus efficaces que les échanges feutrés sous les dorures des ministères et permettront aussi de redynamiser l’engagement des professionnels.

L’enjeu est de taille : il s’agit de défendre non seulement les intérêts des professionnels, mais aussi ceux des propriétaires, des bailleurs, des locataires, bref, de tous les acteurs du marché immobilier. Pour cela, seule une union réelle et une mobilisation collective permettront de peser face à un pouvoir politique souvent plus soucieux de son image que de l’efficacité de ses mesures.

La division des syndicats immobiliers est aujourd’hui un frein majeur à l’évolution du secteur. Pour retrouver du poids et de l’influence, il est indispensable de repenser la stratégie collective, de dépasser les querelles internes et de s’adresser directement à l’opinion publique. Pour espérer peser à nouveau, les syndicats doivent sortir de leur inefficace huis-clos institutionnel et s’adresser directement à l’opinion publique.  L’avenir de la profession en particulier, et le sort du logement de nos concitoyens en général en dépendent.

André Perrissel
Institut Janus