Institut Janus

L'expérience du passé, la vision du futur

En ouverture, Michel Platero a rappelé le poids colossal du secteur : 10 % du PIB, 290 milliards d’euros et près de 2 millions d’emplois. La salle rassemblait promoteurs, constructeurs, architectes, banquiers, assureurs, géomètres et gestionnaires — un écosystème au complet, acquis à la cause du logement, mais loin d’être rassuré sur la volonté ou la capacité de l’État à agir.

Un ministre lucide, sans promesse miracle

Interrogé par Ariane Artinian, Vincent Jeanbrun a d’emblée planté le décor avec une formule sans détour : « Je me sens moins ministre du Logement que ministre de la crise du logement. » Pas de grand soir, donc. Sans majorité claire à l’Assemblée nationale, son projet de loi « Relance logement », attendu en Conseil des ministres le 24 juin, ne comptera que dix articles et misera sur l’accumulation de mesures pouvant faire consensus plutôt que sur une réforme omnibus. La stratégie se déploiera aussi par voie réglementaire, via des propositions parlementaires et des ajustements glissés dans d’autres véhicules législatifs — sur le squat, les normes, les logements vacants ou le statut du bailleur privé.

Le dispositif Jeanbrun dans l’ancien : corriger le tir

Le point le plus attendu de la soirée portait sur le dispositif fiscal d’amortissement destiné à relancer l’investissement locatif. Dans le neuf, le mécanisme commence à produire ses premiers effets, même si des incompréhensions ont freiné son démarrage.

Dans l’ancien, en revanche, le ministre l’a admis sans détour : la première version « n’est pas opérante ». Le seuil de travaux exigé, fixé à 30 % de la valeur du bien, sera abaissé à 20 %, voire moins si le Parlement y pousse, et l’exigence énergétique sera assouplie pour privilégier le gain de performance plutôt qu’un volume de travaux décourageant.

L’enjeu est considérable : remettre sur le marché des logements anciens, bien situés, sans consommer de nouveaux sols. Le ministre résume lui-même sa position : « Est-ce suffisant ? Non. Est-ce prometteur ? Oui. »

Bailleurs, vacance, copropriété et vieillissement

Au-delà du seul levier fiscal, Vincent Jeanbrun a plaidé pour la réhabilitation du bailleur privé, trop souvent réduit dans le débat public à l’image du rentier, alors qu’il s’agit le plus souvent d’un particulier détenant un ou deux biens.

Le gouvernement souhaite reconstruire un cadre équilibré : protéger les locataires contre le logement indigne, mais aussi les bailleurs contre les impayés de mauvaise foi.

La question des logements vacants et celle des copropriétés — dont le contrat type de syndic est figé depuis 2015 — ont également nourri des échanges très concrets.

Le vieillissement de la population a enfin été évoqué à travers l’habitat partagé, les résidences autonomie et le viager, face à un « mur générationnel » qui exigera davantage de petits logements adaptés.

 Simplification et message aux professionnels

Sur la complexité administrative, le ministre a été le plus offensif : « Dans ce pays, on est en train d’en mourir. » Il a dénoncé un État « polycéphale », incapable de donner une position claire aux porteurs de projets, et des procédures qui peuvent mobiliser huit à dix ans avant qu’un chantier démarre.

Il a aussi pointé la doctrine de Bercy, qui traite trop souvent le logement comme une dépense plutôt que comme un investissement, alors que chaque euro public engagé rapporte davantage qu’il ne coûte selon l’INSEE.

En conclusion, le ministre a renvoyé une part de responsabilité aux professionnels eux-mêmes : sans majorité nette, la relance se jouera autant dans la capacité de la filière à mobiliser élus et opinion publique que dans les textes. C’est tout le sens de l’expression qu’il a répétée toute la soirée — « l’équipe de France du logement ».